DIDI LOUIS-DIT-GUÉRIN, LA JEUNESSE À VOIX HAUTE

Elle porte sur elle le soleil de l’Afrique qui l’a vue naître et la joie des survivants. Très investie auprès des jeunes, Didi veille sur eux depuis toujours. Et libère leur parole, inlassablement.

Elle nous fait visiter sa « maison pour tous », le centre d’animation Les Unelles, à Coutances, où « chacun vient chercher son bonheur ou échanger son savoir ». Chaleureuse, elle nous présente son équipe, s’exprime au pluriel. « Ici, on travaille tous ensemble. » Animatrice auprès des jeunes, qu’elle appelle ses « chameaux » avec malice, elle a pour eux la bienveillance d’une grande sœur. Comme celle qu’elle fut jadis dans sa fratrie tutsi de 12 enfants du Rwanda, puis au Zaïre, où étudiante infirmière, elle fit l’école aux gamins d’une plantation de thé. « Je me suis toujours occupée des jeunes et ne savais pas qu’ici, c’est un métier. »

Une âme d’enfant

Arrivée en France en 1990 en suivant son mari rencontré dans une ONG, elle a vécu le génocide rwandais par les médias. « Je ne voulais pas le croire. J’ai perdu toute ma famille, mais pas ma joie de vivre. Être en vie est la plus belle chose qu’on puisse avoir chaque jour ! » Une philosophie qu’elle n’a de cesse de partager, sur ce territoire où elle a trouvé sa place. « Les Coutançais m’ont adoptée. Je suis une vraie Normande ! » Bénévole pour Jazz sous les pommiers dès 1993, elle s’est vu confier des cours de danse africaine après s’être fait remarquer sur scène lors d’un concert de Youssou N’Dour. « La danse est le miroir de l’âme. Et j’ai gardé celle de l’enfant que j’étais. »

Je me suis toujours occupée des jeunes et ne savais pas qu’ici, c’est un métier.

Aller vers l’autre

À presque 50 ans (un âge qu’elle se dit impatiente d’expérimenter), mère de deux grands garçons, Didi connaît bien les ados qui viennent au point accueil jeunesse. Pour elle, leur donner la parole – chose rare dans son Afrique natale – est essentiel. « Eux seuls peuvent nous aider à les comprendre, ils m’apprennent beaucoup. » Chargée du conseil des jeunes pendant 10 ans, elle a créé des échanges avec le Rwanda, multiplié les actions de partage… « Chacun a quelque chose à apporter. Sans l’autre, on n’est rien. Et le racisme, c’est la peur de l’autre. » Elle amène « ses jeunes » à l’ouverture, au respect, à l’estime de soi aussi, par des ateliers de beauté des mains par exemple, « l’une des seules parties visibles de l’ado, qui se cache ».

Présence sur le Net

Protégés par leur écran, tel un bouclier virtuel entre eux et le monde, beaucoup se confient à elle sur Internet. Car Didi fait partie des Promeneurs du Net, ce réseau de professionnels à l’écoute des jeunes initié dans la Manche en 2014 avec l’appui du Département.

« Ils savent que je ne suis pas là pour les juger, mais les accompagner. » D’une simple question sur l’agenda des Unelles aux peines de cœur ou problèmes familiaux, le dialogue s’installe, rassure. « Ils me choisissent et me font confiance. Certains viennent me voir ensuite. » Elle suit ainsi sur Facebook 120 ados, mais aussi des adultes, certains « anciens », des parents, des cousins… « une chaîne humaine de solidarité ».

Elle dit ne s’arrêter d’animer – « ce mot qui veut dire “donner de la vie“ en latin » – que pour dormir. Quand son incroyable vitalité se repose, derrière la porte refermée de sa conscience, à quoi rêve Didi ? Peut-être à ce vivre ensemble qui lui tient à cœur. « La différence est une richesse immense. C’est la clé pour que les choses changent. J’y crois beaucoup. »

EN SAVOIR PLUS

• LES UNELLES

lesunelles.com lesunelles

• LES PROMENEURS DU NET

promeneursdunet.fr Promeneurs du net de la Manche

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