© Christophe Brachet

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Hors cadre

Un entretien avec Maxime Delauney, c’est comme une conversation à bâtons rompus.
Ce « 7e artiste » a bien des façons d’évoquer sa passion pour le cinéma et son territoire…

Hors cadre

Un entretien avec Maxime Delauney, c’est comme une conversation à bâtons rompus. Ce « 7e artiste » a bien des façons d’évoquer sa passion pour le cinéma et son territoire…

Le métier

« Quand ça se passe bien, que vous vous comportez bien et tenez vos engagements (ce qui je crois est mon cas), vous avez une bonne réputation et globalement ça se diffuse, de même quand vous en avez une mauvaise d’ailleurs. J’ai coutume de dire que le métier de la culture, qui est un microcosme, en musique comme en cinéma pour ce qui me concerne, est un métier dans lequel le réseau compte énormément, dans les deux sens en fait. Ça s’ouvre et ça se referme très vite. »

Une logistique de la culture

« Pour aller au cinéma quand vous êtes gamin et n’habitez pas dans une grande ville – comme moi qui ai grandi à Sainteny – c’est un de vos parents qui vous emmène, il faut prendre la voiture, regarder quels films passent (car tous ne passent pas), emmener le petit frère ou un copain… Il y a un consensus, sur l’horaire, la distance, qui vient avec vous… La logistique de la culture est particulière, elle n’est pas la même que celle de mon fils qui va grandir à Paris et voir tout ce qu’il veut spontanément. Une fracture subsiste, mais elle est logique et on ne pourra pas la résorber, proposer tous les films d’auteur, un aquarium ou un centre Pompidou à Carentan. Cette fracture est logique, donc les discours démagogiques sont inutiles. »

Mécénat

« En revanche, je pense que la Politique culturelle avec un grand P – institutionnelle autant qu’associative, car les associations ont un rôle de plus en plus fort à jouer – a une ambition quand elle crée des choses localement. En ça je rejoins assez ce qui est dit en ce moment au plus sommet de l’État, quasiment la devise de Kennedy : « Ne te demande pas ce l’Amérique peut faire pour toi, mais ce que tu peux faire pour l’Amérique », même si ce n’est pas ma logique. Plutôt que déplorer en permanence qu’ »on ne nous propose rien », moi ça m’intéresse de prendre un peu de mon temps pour faire du mécénat. On est récompensés au centuple par des « merci » à la sortie de la salle, les gens sont gentils et c’est ultra intéressant de pouvoir échanger longtemps. »

Tendre la main

« Mon métier, c’est de produire des films, mais en même temps il faut les amener aux gens. Mon parcours, c’est de venir d’un petit village de province, donc je dois fondamentalement essayer de me dire « Est-ce qu’il n’y a pas d’autres personnes comme moi à qui tendre la main, pour voir s’il est possible de faire de la littérature, de la musique, du cinéma, etc. ? » Et je constate qu’il y a de plus en plus de choses comme ça, de plus de plus de festivals, qu’on est de mieux en mieux accompagnés, je suis très optimiste là-dessus. »

Donner du sens

« La fierté sur le territoire, je la sens aussi sur un autre pan de l’activité locale : la création de l’AOP Cotentin pour le cidre. J’aide des copains, Jean-Baptiste Aulombard et Simon Dufour, à reprendre la cidrerie Héroult, à Auvers, à l’origine de l’appellation. S’ils la reprennent, c’est aussi à leur manière, en défendant ce cidre gustativement, en allant chercher ce qui a du sens. Donner du sens à ce qu’on fait, c’est aussi une des raisons pour lesquelles les Égaluantes sont là, sans régionalisme aucun. Pour dire qu’on peut être fier des choses qu’on fait et qu’il faut aller de l’avant, en créer d’autres. Parce que mine de rien, ça génère de l’emploi, de l’activité, de la fierté, un mouvement en fait. »

Parler de tout

« Je pense qu’on peut parler de tout avec tout le monde. C’est aussi pour ça que je fais de tels films. Embrasse-moi par exemple, une comédie romantique entre deux femmes, avec Océanerosemarie (qui s’appelle Océan maintenant). Partout où on est allés le présenter, je voulais qu’on évoque la comédie romantique et pas le fait que ce soit deux femmes. Et personne n’en parlait à la fin, les gens s’en fichaient. Comme pour Il a déjà tes yeux, où un couple noir adopte un enfant blanc. À la fin, les gens n’ont parlé que d’amour et de filiation. Tout dépend de l’angle en fait. »

Initiatives locales

« Les territoires se sont ouverts, je pense que la réforme territoriale n’y est pas étrangère, le fait que les communes doivent s’agrandir, se regrouper les unes aux autres… Les compétitions locales s’effacent, il se passe plein de trucs, et aussi une quête de sens. J’ai montré Barneville-Carteret à Naidra, il y avait une brasserie, la Cotentine ; Saint-Vaast, il y avait une autre micro-brasserie, montée par des trentenaires ; à Carentan, on a des restaurants tenus par des jeunes, comme La Clé du bonheur, qui ne travaille que les produits locaux. Et puis c’est plein ! J’ai grandi ici en me disant « on n’y arrivera pas » et en fait si, on peut, largement ! Et je pense que le désengagement financier des institutions est une chance, à partir du moment où au lieu de le déplorer, vous le considérez comme un plus et non un frein. » 

Le petit pas de côté

« Laisser des traces est important pour moi et j’ai l’impression que les films qu’on fait, même quand ce sont plutôt des comédies – comme Il a déjà tes yeux ou Les souvenirs – parlent de notre société. J’essaie d’accompagner des réalisateurs qui disent quelque chose. Dans Les souvenirs, ce qui m’interpelait, que je vivais moi-même à l’époque, c’était cette grand-mère qui ne veut pas aller en maison de retraite. Lors de tous les échanges qu’on a pu avoir sur ce film partout en France, à chaque fois, les gens parlaient d’eux. Je suis un fou du cinéma de Claude Sautet, un peu aussi d’Yves Robert et De Broca, tous les films populaires comme ça. Je pense qu’il y a de ça dans nos films, que le public arrive à se reconnaître, qu’on parvient à faire le petit pas de côté et surtout montrer des gens qui font ce qu’ils peuvent, ce qu’est la vie en fait. Mais qui n’attendent pas une main tendue. Elle arrive de toute façon. »

Pessimisme

« Je suis quelqu’un d’optimiste mais il y a un truc, fondamental dans notre société, qui me rend un peu plus pessimiste, c’est le manque de curiosité latente. On est obligé en permanence de susciter la curiosité des gens. »

 Ma fille

Avant Paris, c’est dans la Manche que Maxime a présenté Ma fille en avant-première, un de ses derniers films. Il était accompagné de sa réalisatrice, Naidra Ayadi, César du meilleur espoir féminin en 2012 dans Polisse.

 Ma fille

Avant Paris, c’est dans la Manche que Maxime a présenté Ma fille en avant-première, un de ses derniers films. Il était accompagné de sa réalisatrice, Naidra Ayadi, César du meilleur espoir féminin en 2012 dans Polisse.

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