La prévention, une mission de proximité

Marc Lefèvre aux côtés du préfet Jean-Marc Sabathé, d’Anne-Marie Cousin et Hubert Lefèvre, présidents respectifs des associations des maires et maires ruraux de la Manche, lors de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 30 novembre. © D. Daguier – CD50

La prévention, une mission de proximité

Marc Lefèvre aux côtés du préfet Jean-Marc Sabathé, d’Anne-Marie Cousin et Hubert Lefèvre, présidents respectifs des associations des maires et maires ruraux de la Manche, lors de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 30 novembre.

Janvier 2019

Un protocole contre les violences

Les violences au sein du couple ou de la famille portent atteinte aux droits fondamentaux comme au principe d’égalité qui fonde notre démocratie. Elles touchent principalement les femmes et leur ampleur a conduit l’ensemble des pouvoirs publics à se mobiliser. Dans la Manche, un protocole de lutte contre les violences au sein du couple, les violences intrafamiliales et les violences faites aux femmes 2017-2022  unit ainsi Département, collectivités, préfecture, tribunaux, services de l’État, partenaires publics, privés et associatifs. Son objectif : rechercher une plus grande efficacité dans les réponses apportées, pour lutter contre toutes ces violences par la prévention, la prise en charge, la répression et la réparation. Le Département s’est d’ores et déjà engagé de façon opérationnelle dans ce protocole, en associant ses différents services et ses neuf territoires de solidarité. Un livret favorise la compréhension et la prise en charge des personnes victimes de violences conjugales, notamment par les élus locaux, souvent en première ligne. Il participe à la mobilisation et la structuration des acteurs locaux en réseaux de proximité, par le soutien du pôle Famille récemment inauguré à Granville, par exemple.

> Pour aller plus loin : Protocole, guide, annuaire et infos pratiques à retrouver sur conseil-departemental.manche.fr

Chantal Barjol

VU PAR…

Chantal Barjol,
conseillère départementale en charge des droits des femmes

Le Département se mobilise contre ces violences depuis plusieurs années déjà, à travers des actions de sensibilisation et des supports de communication. Nous avons ainsi édité en fin d’année un guide, qui donne des clés pour reconnaître les violences conjugales, des conseils pour aider et orienter les victimes, et indique les ressources et contacts locaux. Les violences, qu’elles soient verbales, physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques, sont le premier obstacle à l’égalité entre les femmes et les hommes. Face à elles, nous devons tous réagir. »

1 femme tous lesjours et 1 homme tous les 11 jours meurent de violences au sein du couple en France. Dans la Manche, 1 023 faits de violences faites aux femmes ont été enregistrés en 2016, dont 201 commis dans la sphère conjugale, 2 homicides et 239 faits de violences sexuelles, dont 66 viols.

 

prévention, violence conjugale

Des actions de sensibilisation

Parce que sensibiliser et informer permet de prévenir les inégalités, les professionnels sociaux et médico-sociaux des territoires de solidarité du Département ont placé la prévention au cœur de leurs missions d’écoute, d’orientation et d’accompagnement. Par des conseils en matière de contraception, de conflits de couples ou de violences conjugales notamment, les médecins, sages-femmes, conseillères conjugales et familiales des 10 centres de planification et d’éducation familiale départementaux favorisent ainsi l’épanouissement et l’indépendance des femmes. En abordant la question du consentement, par exemple. Deux professionnelles témoignent. 

Catherine Montaclair

J’interviens en milieu scolaire, auprès d’ados de 13 à 15 ans. J’essaie de leur donner à réfléchir, à faire la part des bonnes et mauvaises raisons qui amènent au consentement sexuel, de ce qui est acceptable ou non dans une relation. C’est un âge où la jalousie et l’emprise sont souvent confondues avec l’amour et les poussent à accepter de perdre leur libre arbitre, leur liberté. Dès la prime enfance, on apprend aux garçons à être virils et forts, aux filles à être gentilles, à faire plaisir… Je leur explique qu’ils ont le droit d’être émotifs, qu’elles ont le droit de ne pas se soumettre, qu’une fille qui n’a pas dit « non » n’a pas dit « oui » non plus… Les parents doivent en parler aussi, les aider à faire le tri, notamment avec le porno. Ils ont accès de plus en plus jeunes à ces stéréotypes de domination, de performance. Pour moi, il est urgent de légiférer sur l’accès à ces images dévastatrices.
Je rencontre aussi des femmes victimes de violences conjugales sans le savoir, car elles ont complètement intégré le discours culpabilisant de leur conjoint et ne prennent conscience de la violence que si elle est physique. Le dénigrement régulier qui mine la confiance en soi, la sexualité imposée, ne sont pas toujours perçus comme violents. C’est parfois long de faire prendre conscience que ce n’est pas normal. »

Catherine Montaclair, conseillère conjugale
PMI, territoire de solidarité des Marais du Cotentin

Maryvonne Kermabon

Dans la Manche, nous avons la chance de pouvoir intervenir en collectif, dans les lycées, collèges, MFR… Tous les Départements ne permettent pas que ce travail se fasse. Il est important que la conseillère conjugale et familiale ait pu aborder en amont la question de la relation à l’autre, la notion de respect de soi et des autres. En tant que sages-femmes, nous intervenons sur la prévention, en lien avec les infirmières scolaires : « Comment se protéger des grossesses non désirées et des infections sexuellement transmissibles ? » Les élèves n’ont pas tous le même niveau d’information, ni le même vécu. Nous adaptons notre discours en fonction de la classe et de ses disparités, par un jeu de questions-réponses qui leur permet d’aborder la pornographie, si éloignée de leur réalité d’adolescents et qui pourtant les envahit via Internet. Nous insistons sur le consentement mutuel, le fait de se sentir prêt et respecté dans la relation. Depuis quelques années, les jeunes sont davantage soumis au regard du groupe, au fait d’être « populaires », et ne s’autorisent plus suffisamment à s’écouter. En leur livrant des réflexions-clés sur lesquelles s’appuyer, nous les aidons à s’interroger, à faire leurs propres choix. Ils peuvent ensuite ré-interpeller l’infirmière scolaire et, pour certains, en discuter à la maison, en famille.

Maryvonne Kermabon, sage-femme
PMI, territoire de solidarité du Val de Vire

J’interviens en milieu scolaire, auprès d’ados de 13 à 15 ans. J’essaie de leur donner à réfléchir, à faire la part des bonnes et mauvaises raisons qui amènent au consentement sexuel, de ce qui est acceptable ou non dans une relation. C’est un âge où la jalousie et l’emprise sont souvent confondues avec l’amour et les poussent à accepter de perdre leur libre arbitre, leur liberté. Dès la prime enfance, on apprend aux garçons à être virils et forts, aux filles à être gentilles, à faire plaisir… Je leur explique qu’ils ont le droit d’être émotifs, qu’elles ont le droit de ne pas se soumettre, qu’une fille qui n’a pas dit « non » n’a pas dit « oui » non plus… Les parents doivent en parler aussi, les aider à faire le tri, notamment avec le porno. Ils ont accès de plus en plus jeunes à ces stéréotypes de domination, de performance. Pour moi, il est urgent de légiférer sur l’accès à ces images dévastatrices.
Je rencontre aussi des femmes victimes de violences conjugales sans le savoir, car elles ont complètement intégré le discours culpabilisant de leur conjoint et ne prennent conscience de la violence que si elle est physique. Le dénigrement régulier qui mine la confiance en soi, la sexualité imposée, ne sont pas toujours perçus comme violents. C’est parfois long de faire prendre conscience que ce n’est pas normal. »

Catherine Montaclair, conseillère conjugale
PMI, territoire de solidarité des Marais du Cotentin


Dans la Manche, nous avons la chance de pouvoir intervenir en collectif, dans les lycées, collèges, MFR… Tous les Départements ne permettent pas que ce travail se fasse. Il est important que la conseillère conjugale et familiale ait pu aborder en amont la question de la relation à l’autre, la notion de respect de soi et des autres. En tant que sages-femmes, nous intervenons sur la prévention, en lien avec les infirmières scolaires : « Comment se protéger des grossesses non désirées et des infections sexuellement transmissibles ? » Les élèves n’ont pas tous le même niveau d’information, ni le même vécu. Nous adaptons notre discours en fonction de la classe et de ses disparités, par un jeu de questions-réponses qui leur permet d’aborder la pornographie, si éloignée de leur réalité d’adolescents et qui pourtant les envahit via Internet. Nous insistons sur le consentement mutuel, le fait de se sentir prêt et respecté dans la relation. Depuis quelques années, les jeunes sont davantage soumis au regard du groupe, au fait d’être « populaires », et ne s’autorisent plus suffisamment à s’écouter. En leur livrant des réflexions-clés sur lesquelles s’appuyer, nous les aidons à s’interroger, à faire leurs propres choix. Ils peuvent ensuite ré-interpeller l’infirmière scolaire et, pour certains, en discuter à la maison, en famille.

Maryvonne Kermabon, sage-femme
PMI, territoire de solidarité du Val de Vire

logo CIDFFRelais essentiel de l’action des pouvoirs publics en matière d’accès aux droits pour les femmes, de lutte contre les discriminations sexistes et de promotion de l’égalité femmes-hommes, le centre d’information sur les droits des femmes et des familles intervient dans de nombreux domaines : conseil conjugal et familial, aide aux victimes de violences au sein du couple ou au travail, bons de consultation juridique gratuite, soutien à la parentalité, à l’éducation, au deuil…
Contact : 17, passage Digard – 50100 Cherbourg-en-Cotentin 02 33 94 77 05
Permanences à Beaumont-Hague, Valognes, Saint-Lô et Coutances

infofemmes.com

L’ÉTAPE

Première association de France labellisée « égalité professionnelle » (en 2006), soutenue par le Département, l’Étape mène des actions ciblées dans la Manche, l’Orne et le Calvados, autour de l’insertion professionnelle, la mobilité et l’égalité entre les femmes et les hommes. Basée à Vire, elle est présente dans huit villes de la Manche (Saint-Hilaire-du-Harcouët, Mortain, Avranches, Granville, Coutances, Saint-Lô, Carentan, Cherbourg-en-Cotentin).

letape-emploi.fr

Relais essentiel de l’action des pouvoirs publics en matière d’accès aux droits pour les femmes, de lutte contre les discriminations sexistes et de promotion de l’égalité femmes-hommes, le centre d’information sur les droits des femmes et des familles intervient dans de nombreux domaines : conseil conjugal et familial, aide aux victimes de violences au sein du couple ou au travail, bons de consultation juridique gratuite, soutien à la parentalité, à l’éducation, au deuil…
Contact : 17, passage Digard – 50100 Cherbourg-en-Cotentin 02 33 94 77 05
Permanences à Beaumont-Hague, Valognes, Saint-Lô
et Coutances

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L’ÉTAPE

Première association de France labellisée « égalité professionnelle » (en 2006), soutenue par le Département, l’Étape mène des actions ciblées dans la Manche, l’Orne et le Calvados, autour de l’insertion professionnelle, la mobilité et l’égalité entre les femmes et les hommes. Basée à Vire, elle est présente dans huit villes de la Manche (Saint-Hilaire-du-Harcouët, Mortain, Avranches, Granville, Coutances, Saint- Lô, Carentan, Cherbourg-en-Cotentin).

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