ADÈLE JAMES, CHERCHEUSE FONDAMENTALE

Doctorante en biologie marine, elle a la fraîcheur de sa jeunesse et la mine tranquille de ceux qui ont trouvé leur voie. À 25 ans, cette brillante Cherbourgeoise est une belle promesse.

© Fondation L’Oréal

Elle a passé les deux derniers mois à l’Institut de technologie du Massachusetts. Contactée à Boston, elle analysait des données de séquençage pour identifier les bactéries qui infectent les huîtres et déterminer si elles coopèrent pour les tuer. « Quand on aura compris ce qui se passe, on pourra développer des outils pour essayer de neutraliser les agents pathogènes et permettre aux huîtres de survivre, en gardant les mêmes pratiques ostréicoles. » La densité des parcs français, explique-t-elle, constitue une niche optimale pour la survie des bactéries et facilite la prolifération de l’infection, a fortiori dans une eau excédant les 16 °C, seuil au-delà duquel les mortalités apparaissent. « Ce seuil était de 19 °C il y a quelques années. Il touche aujourd’hui de plus grandes zones. »

Comprendre ce qui nous entoure

Cette passion pour les sciences et la mer lui vient de Cherbourg, cet « environnement marin permanent » dans lequel elle a grandi, avant de partir pour la station de biologie de Roscoff, où elle prépare sa thèse pour septembre. « J’ai choisi l’écologie parce que c’est une science très complète, c’est de la recherche fondamentale, indispensable pour comprendre tout ce qui nous entoure et qui permet d’aller dans des choses très précises, du niveau de la population à celui du gène. » Elle revient à son port d’attache dès qu’elle le peut pour retrouver sa famille, surfer à la Hague ou se ressourcer sur les plages de Biville ou Fermanville. « C’est reposant et incroyable d’avoir des lieux aussi magnifiques et calmes. J’aimerais y passer plus de temps mais ce n’est pas encore au programme. »

BLOUSE ET TALONS HAUTS

De Paris à Boston, la Cherbourgeoise Adèle James conjugue féminité et passion pour les sciences.

J’ai choisi l’écologie parce que c’est une science très complète.

Changer le monde

Au programme, il y a sa soutenance, mais aussi des interventions dans les collèges et lycées, initiées par la fondation L’Oréal-Unesco pour inspirer les vocations scientifiques chez les jeunes filles. En octobre, elle a décerné à Adèle une bourse pour les Femmes et la Science, ainsi qu’à 19 autres doctorantes, choisies parmi plus de 1 000 candidates pour la pertinence de leur projet scientifique. Toutes travaillent sur des sujets d’avenir : voitures électriques, galaxies, virus, ou le microbiome des enfants africains en malnutrition, qui a ému Adèle. « Les experts qui ont évalué nos dossiers nous ont répété de changer le monde, d’améliorer la connaissance. Certains sujets me touchent plus car ils sont plus urgents. » Parmi eux, le réchauffement climatique ou le continent de plastique…

Déconstruire les préjugés

Sa conscience écologique et sa quête de solutions rapides sont pour elle générationnelles. « Tous ceux de mon âge sont concernés par ces questions, mais les petites initiatives ne suffiront pas, il faudrait des lois plus fortes. » Déterminée, avenante et éclairée, Adèle a toutes les chances de convaincre les élèves qu’elle visitera bientôt, dans le Finistère et, elle l’espère, la Manche. « J’ai demandé à aller dans mon collège, Diderot à Tourlaville, et mon lycée, Tocqueville à Cherbourg. Le but est d’exposer toute la diversité de la science et montrer aux jeunes filles qu’on n’est pas des “binoclardes” derrière un bureau, qui ne sortent pas…, pour déconstruire les préjugés sur les scientifiques. » Une mission qui la motive d’autant plus que seulement 28 % des chercheurs et 3 % des Prix Nobel sont des femmes !

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